Je me rends compte que ce n’est pas joyeux d’être gay. Chaque jour. Et ça, depuis toujours.

Insultés, provoqués, humiliés, pourchassés, déportés, exterminés et abattus. Pour le seul crime d’être attiré et d’aimer une personne du même sexe, mais est-ce que ce Monde est sérieux? Au Nom de qui, au Nom de quoi, qui sommes-nous pour juger, qui sommes-nous pour oser ainsi avoir le droit de vie ou de mort envers son prochain sous le seul et unique prétexte que sa sexualité dérange?

Résilience de Julia M. Tean n’est pas un livre qui va vous donner le sourire et vous redonner foi en l’humanité, loin de là. On a le sentiment que l’auteure a ouvert la boîte de Pandore, a fouillé la fange profonde de l’homme et y a plongé le protagoniste de l’histoire, entièrement. Voyez par vous-même. Vincent, dit « L’Asperge« , est faible, rachitique, malade. Son père est violent, raciste. Sa mère est une prostituée pour routiers, insensible à la douleur de son enfant. Vincent passe une vie entre coups de matraques, entre humiliations et exercices pour devenir un homme, « comme casser du bougnoule et du pédé », à tel point qu’on lui souhaite de mourir rapidement, par pitié. Mais un jour, il se découvre une passion pour la danse et tombe amoureux de son professeur. Vincent est torturé entre ses sentiments et sa honte de ne pas être comme voudrait son père. L’écriture est crue et entre dans le vif du sujet très rapidement. Résilience s’ouvre sur la mort du père qui est assassiné de la main de son fils. Les chapitres sont courts, on alterne entre la vie de Vincent avant et après son geste afin de comprendre ce parricide en même temps que la police. L’auteure aborde de nombreux sujets, le racisme, la violence, l’homophobie, la prostitution dans une bouillie qui nous reste en travers la gorge et nous laisse un goût amer. L’univers que nous décrit Julia M. Tean est sale, noir. On pourrait penser que c’est trop, que c’est un amoncellement de la cruauté humaine, que ce n’est pas possible, et pourtant. Combien de Vincent humiliés, meurtris, blessés à vie, combien de morts..?

L’homophobie tue, le viol tue, le silence tue.

En refermant le livre, j’avais envie de serrer Vincent dans mes bras, lui dire « je te comprends. Danse avec la poussière. » Bref.

J’aime les hommes qui aiment les femmes. J’aime les femmes qui aiment les hommes. J’aime les hommes qui aiment les hommes. J’aime les femmes qui aiment les femmes. J’aime les enfants qui ont des parents qui s’aiment.

Mais je n’aime pas trop les gens qui empêchent les autres de s’aimer.

Vincent Lahouze


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