Cela fait trois ans que je suis clean.

Plus une goutte d’alcool, plus de nez en sang au matin. Plus ce goût métallique sur les gencives et le bruit du grincement des dents entre deux gouttes de sueur. J’ai longtemps été un oiseau de nuit, les joues creusées, de la vulgaire poudre aux yeux. J’étais en couple avec Caroline, avec Marie, avec le fond des verres de vodka, je couchais avec chaque nuit blanche pour mieux tromper la mort. Un matin, au lever du soleil, je me suis mis à parler à ma box, elle clignotait et elle me répondait tandis que les murs de ma chambre se refermaient sur moi. Durant 5 ans, je n’ai plus eu sommeil. Il a fallu que je rencontre Claire pour sortir de cette insomnie.

Dans ce court récit, « Les méduses ont-elles sommeil?« , Louisiane C. Dor nous entraîne avec elle dans la chute d’Hélène, du haut de ses 18 ans, au fond des nuits parisiennes dans l’espoir de devenir quelqu’un. L’écriture est fine, nerveuse, tendue, on marche sur un fil que l’on sait fragile, que l’on sait sur le point de rompre. Les premières traces en soirées, les passages aux toilettes pour se poudrer le nez, les premiers sauts en parachutes avec la MD, le temps qui s’allonge, qui se fractionne, les nuits qui durent 5 secondes, les nuits qui durent 48 heures, la musique qui te pénètre, l’impression de tenir le monde et le savoir entre ses mains, le désir exacerbé, la violence à fleur de peau, les bad trips en sueur, le corps qui s’use, qui se grise, qui maigrit, l’acidité sur ta langue, jusqu’au point de non-retour. Louisiane C. Dor sait de quoi elle parle. Je sais de quoi elle parle. En lisant son histoire, on ne peut s’empêcher de penser à Hell de Lolita Pill, en passant par Trainspotting, à la plume de Virginie Despentes au début de sa jeunesse, à 99 frs de Frédéric Beigbeder. Celui-ci a d’ailleurs dit dans le Figaro Magazine: « Je ne pensais pas qu’un jour j’écrirais une chose aussi raisonnable mais enfin voilà: ce livre, je le recommande à tous les parents d’ados ».

C’est un récit efficace, rapide, qui va droit au but, sans complaisance, sans fioritures. Et qui ne laissera personne indifférent, c’est certain. Durant 5 ans, j’ai croisé de nombreuses méduses sans sommeil, j’ai croisé de nombreuses Hélène en soirées, perdues dans les méandres de leurs filaments. Certaines méduses ont coulé au fond des abysses, d’autres (et j’en suis l’exemple même) sont remontées à la surface, difficilement mais avec courage. Ce livre est une excellente campagne de prévention contre les drogues et l’addiction.

A se procurer et à lire d’urgence, donc.

Il y a tant de méduses qui ne trouvent plus le sommeil.

Vincent Lahouze

A acheter ici: amzn.to/2lZxXj2


(Louisiane C. Dor est née en 1992, inspirée par ses années parisiennes, « Les méduses ont-elles sommeil? » est son premier roman.)

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