Lorsque je suis arrivé à Toulouse, à l’âge de 20 ans, mon premier studio était situé non loin de la gare Matabiau, dans une rue un peu sale, un peu grise, un peu morose. Et du matin au soir, du soir au matin, chaque jour et chaque nuit, Elles étaient là. Appuyées contre les murs, multicolores, mini-jupes et regards usés, cigarettes, sourires et coeur au bord des lèvres, elle attendaient que le temps et les clients passent. Et à chaque fois, Elles me posaient la même question: « hey chéri coco, tu montes? »  Je refusais à chaque fois, m’excusant presque, et je partais la tête basse, gêné et triste de ne pouvoir rien faire pour laver leurs honneurs. Et souvent, le soir à ma fenêtre, je les regardais faire les cents pas, sur les trottoirs de leurs prisons et j’essayais d’imaginer leurs passés, leurs destins et rêves avortés. C’est ce qu’a essayé d’imaginer Theo Lemattre dans son livre, « Les mains blanches. »

Dans ce thriller court et intense, l’auteur nous invite à découvrir l’envers du milieu de la prostition, à travers le regard d’une jeune femme dont on ne saura jamais le nom mais dont on connaîtra toute sa vie. La trajectoire est simple, on pourrait penser que c’est cliché et pourtant, terriblement d’actualité. Migrante, avec sa famille alors qu’elle n’est qu’une enfant, de la Namibie à la France, l’arrivée sur une terre promise, la trahison d’un passeur, la survie dans un pays qui ne veut pas de toi, de mésaventures en mésaventures, de mauvaises rencontres en mauvaises rencontres, elle met le doigt dans l’engrenage et devient une pièce dans la machine effroyable de la prostitution et du viol tarifié. Les clients qui se succèdent, le dégoût au fond du ventre, leurs odeurs sur la peau qui ne part pas, survivre chaque jour, ne pas craquer. Jusqu’au jour où elle croise la route d’un flic qui lui demande de l’aider à enquêter et de servir d’appât pour coincer un tueur en série qui assassine ses victimes par overdose de cocaïne. Acceptera t’elle? Pourquoi elle? Quel sera son rôle?

L’écriture de Theo Lemattre, jeune auteur autodidacte et passionné est efficace, elle explore avec brio l’horreur de la prostitution et des excès, de la domination et de la violence imposées aux femmes, certes tout n’est pas parfait, quelques longueurs, quelques effets de style inutile au bon déroulement de l’intrigue mais dans son ensemble, c’est agréable à lire. Quelques phrases font mouche, on sent une verve et une énergie entre les lignes qui ne demande qu’à mûrir et on lit avec plaisir sans s’ennuyer.

Assurément, ce jeune homme est prometteur et semble déborder d’idées d’écriture. A suivre avec attention, c’est certain.

Vincent Lahouze

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