Tu connais l’expression « Vider son sac ». Bien entendu que tu connais.

C’est souvent le soir, c’est souvent la nuit que cela arrive. Peu importe avec qui, contre quoi, peu importe l’endroit. Souvent, la nuit, tu vides ton sac. Tu déballes tout, tu pleures, tu ris, tu mens, tu prends des trains à travers la plaine, mais tu déballes, comme ça, pour rien, pour un tout. En tout cas, pour moi, c’est comme cela que ça se passe, depuis toujours. Avant, Je vidais mon sac et mes tripes dans le caniveau, désormais je ne vide mon sac que dans l’obscurité, je vide mes sentiments à la Lune, sur un oreiller, sur un portable, entre deux textes, entre deux lignes qui m’empêchent de couler. Vider son sac, certain.es n’y arrivent pas, ce n’est pas facile de trouver la fermeture éclair pour ouvrir sa gueule, ce n’est pas facile de trouver le courage pour ressentir le vide, quitte à en avoir le vertige, quitte à en crever. J’imagine que c’est ce que ressent Anna-Maria Caravelle. Elle est là, en pleine nuit, face au Panthéon, elle serre fébrilement dans ses bras un petit sac, en attendant que vienne l’aurore, elle vide, elle déballe. Dans le noir.

Anna-Maria Caravelle porte bien mal son nom. A défaut d’être un fier bateau qui part à la découverte du monde, sa vie entière est une immense galère, un radeau de fortune. Anna-Maria, qu’on appellera aussi l’Affreuse Rouquine, la marginale, le fantôme de Paris a 24 ans et quelques litres de sang sur les mains. Parce qu’Anna-Maria est comme cela, quand elle aime, elle tue. Et Anna-Maria, elle aime sans demi-mesure. Faut dire qu’elle a eu une enfance un peu particulière, enfermée dans un deux-pièces, à l’abri des regards indiscrets, faut dire que Monique Bonneuil, sa tutrice, porte bien mal son nom vu combien son regard acéré de petite vieille fusille la rouquine, faut dire que le petit chien est mort, faut dire qu’Anna-Maria a essayé de calquer les battements de son cœur avec les tic-tac de la grande pendule pour ne pas avoir peur du noir, faut dire qu’elle a les yeux de sa mère qui est folle à lier, faut dire qu’elle entend constamment la voix d’Édith Piaf lui chanter qu’elle voit la vie en rose alors qu’elle ne voit que dalle, Anna-Maria, elle ne voit que dalle. Aucun amour, aucun horizon, alors elle part, elle s’enfuit quand elle a 13 ans, elle se libère, elle découvre le monde, dehors. Enfin, elle va vivre.

11 ans après, Anna-Maria est là, devant le Panthéon, et on attend qu’elle finisse de vider son sac. Faut dire qu’il y en a des choses à dire, faut dire que la vie ce n’est pas du gâteau et qu’elle ne fera pas de vieux os, faut dire que l’alcool et la drogue ça creuse une tombe, faut dire que vendre son corps ça use l’âme, faut dire que croiser un Ange Déchu peut t’amener droit en Enfer au goût de Paradis, faut dire que l’amour et la haine sont deux sentiments liés et qu’Anna-Maria n’a jamais su les différencier. Alors, elle est là, à 24 ans, toute sa vie qui lui échappe dans un petit sac et elle attend que quelqu’un l’aime et la comprenne.

Si tu te demandes ce que contient ce sac, si tu te demandes pourquoi Anna-Maria est un monstre qu’on a envie de serrer dans ses bras, alors tu sais ce qu’il te reste à faire, acheter et lire « Un sac » de Solène Bakowski. La plume est délicate, poétique, il y a des traces de Fred Vargas entre les lignes, il y a toute la pauvreté et la richesse des rues de Paris qui éclaboussent les pages.

Lire « Un Sac » te permettra peut-être de vider le tien, va savoir.

Vincent Lahouze


(A retrouver ici: https://www.amazon.fr/s/?ie=UTF8&keywords=un+sac+sol%C3%A8ne+bakowski&tag=hydfrmsn-21&index=aps&hvadid=5104775596&hvqmt=e&hvbmt=be&hvdev=c&ref=pd_sl_25j8ovbuzr_e )

 

 

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